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Sur le chemin d’Hildegarde de Bingen

Vous avez été nombreux à souhaiter, revoir tranquillement chez vous, la petite exposition consacrée à Hildegarde, lors des Journées du Patrimoine 2015, à la maison Forte de Cazeneuve. La saison sera bientôt propice à la lecture, nous vous offrons donc ci-dessous la transcription des panneaux « Sur le chemin d’Hildegarde de Bingen ».

Qui était Hildegarde de Bingen ?

Hildegarde est née en 1098 au cœur du Saint Empire romain germanique, dans la Hesse rhénane. A cette époque, les royaumes européens sont en guerre. La première croisade est lancée à l’assaut de Jérusalem. Hildegarde est la dixième enfant d’une famille de petite no- blesse rhénane aux couches aisées de la société allemande de cette époque. Très jeune, Hildegarde a des « visions ». A l’âge de 8 ans, elle entre au couvent des bénédictines de Disibodenberg sur le Rhin, dans le diocèse de Mayence, pour son instruction sous la tutelle de Jutta de Sponheim. Elle apprend à lire, à chanter les psaumes, à composer de la musique et sur- tout à reconnaître « les simples ». A 15 ans, elle « prendra le voile ». En 1136, à la mort de Jutta, elle devient alors abbesse du couvent. Au XIIème siècle, le monachisme connaît une grande expan- sion. Hildegarde, tout comme Saint Bernard, appartient aux ordres qui préconisent la simplicité. Ils tentent de répondre aux besoins spirituels de leurs contemporains. C’est à cette époque que les Cisterciens révolutionnent agriculture et ar- chitecture. Elle entretient une correspondance avec Bernard de Clair- vaux et Frédéric Barberousse. Elle sera rendue célèbre par le Pape Eugène III en personne. Elle meurt le 17 septembre 1179 à Rupertsberg (près de Bingen).

carte-allemagne

Hildegarde de Bingen est née dans la Hesse rhénane

 

Causae et curae

Les remèdes d’Hildegarde sont souvent :

  1. une grande harmonie avec la nature et les animaux
  2. une sagesse d’équilibre entre le trop et le trop peu
  3. d’où l’importance de la nourriture
  4. le respect des cycles lunaires
  5. trouver l’équilibre entre le froid, le chaud, l’humide et le sec.

Une façon de soigner très proche de la médecine chinoise ou hindoue.

La santé ne peut être conçue que dans un équilibre global de plusieurs forces : c’est une médecine holistique. Hildegarde utilisait principalement une centaine de plantes. Une trentaine sont actuellement difficiles à identifier. Une vingtaine d’autres sont très toxiques : ancolie, asaret, cigüe (par exemple). Il reste donc une cinquantaine de plantes parmi lesquelles trente sont particulièrement efficaces.

A l’époque d’Hildegarde, les soins étaient essentiellement prodigués dans les monastères. Le jardin était divisé en quartiers délimités par des barrières d’osier. Cela permettait une identification immédiate des plantes par les novices. La multiplication se faisait naturellement et sans croisements.

 

Hildegarde et les plantes

Hildegarde proposa une encyclopédie naturelle, connue aujourd’hui sous le nom de Physica, dans laquelle l’univers des plantes occupe une place très importante. Cet ouvrage reflète un savoir botanique étendu, qui fait de nos jours l’objet d’un mouvement de redécouverte enthousiaste. La condition de moniale de son auteur est sans doute à l’ori- gine d’un tel savoir et des ouvrages montrent bien que le cloître était dès le IXème siècle un lieu privilégié pour l’ac- quisition de connaissances sur les vertus des plantes. Certaines épices indiennes indiquées par Hildegarde se trouvaient à Mayence et au marché de Cambrai : poivre, cumin, gingembre, clous de girofle, cannelle, galanga, myrrhe etc. Hildegarde se situe dans une perspective médicale. Elle puise ses informations dans des sources différentes : outre la Bible, elle s’inspire d’Ovide, de Pline, Virgile, mais aussi d’écrits strictement médicaux : Vindicianus ou certaines œuvres liées à l’Ecole de Salernes.

Hildegarde, une guérisseuse moderne ! Hildegarde a été saluée dès le début de ce siècle comme la « première naturaliste », voire comme la « première femme médecin » d’Allemagne. C’est, entre autre, à cause de ses observations sur les plantes, dont la jus- tesse s’est vue souvent confirmée par la pharmacologie actuelle.

Bénéficiant d’un air du temps tourné vers l’homéopathie et les médecines dites naturelles, Hildegarde s’est vu décerner depuis quelques années le titre de « patronne des médecines douces ». Son souvenir et ses pratiques sont restés très vi- vaces en Allemagne, en Suisse, mais aussi mis en exergue dans notre pays.

Extrait Hildegarde de Bingen, les plantes médicinales et le jugement de la postérité : pour une mise en perspecfive – Laurence Moulinier – HAL – archives ouvertes

 

Dans notre monde moderne, nous aspirons souvent à une médecine plus respectueuse de l’environnement et de l’humain. Les plantes sont la meilleure base de cette approche. Dans le domaine de la santé, il est devenu évident que le psychisme et le physique sont étroitement liés : Hildegarde clame haut et fort qu’il est inutile de vouloir faire disparaître si l’on ne comprend pas ce qui se cache derrière. Les thérapies orientales : chinoises, hindoues, tibétaines, utilisent souvent les mêmes concepts et les mêmes ingrédients. Il y a donc une façon identique de comprendre l’homme et le guérir.

 

Quelques unes des plantes préconisées par Hildegarde

Les essentiels :

  • le fenouil (foeniculum vulgaris), une des plantes vedettes selon Ste Hildegarde
  • la châtaigne (castanea vesca) Les légumineuses : Historiquement, la viande se mangeant beaucoup moins qu’aujourd’hui, elles occupaient une place de choix
  • les haricots, les pois chiches, les fèves Les légumes racines :
  • le panais, le céleri-rave
  • l’ail (toujours cru), l’oignon (toujours cuit), le raifort
  • les raves potagères, les navets Les cucurbitacées :
  • tous les légumes de la famille botanique des courges sont très digestes. Les oléagineux :
  • le chanvre, les noix sans excès, les amandes

Les légumes verts :

« herbes à pot » : arroche, persil, livèche, basilic

Les fruits :

tous les fruits cueillis sur l’arbre peuvent se manger crus sauf la poire et le coing

Autres plantes médicinales qui ne sont pas directement des aliments :

  • achillée millefeuille : blessures
  • absinthe : rein, vue, dépuratif
  • gentiane : cœur
  • sarriette : peau
  • différentes sauges
  • différentes variétés de menthe, dont elle différencie nettement le pouliot comme tous les auteurs du Moyen Age
  • le serpolet, la tanaisie, le souci, les violettes

Les épices :

Toujours parmi les plantes médicinales, les épices activent le feu digestif et possèdent de multiples propriétés. Sainte Hildegarde est née après la première croisade, les épices étaient donc rapportées d’Orient à prix d’or ! Elles étaient vendues par les apothicaires qui avaient enseigne commune avec les épiciers.

  • le galanga rouge, le cumin, la réglisse
  • le trio des « épices de la joie » : cannelle, muscade, girofle
  • et pour terminer sur une note parfumée la lavande

 

Hildegarde au-delà des plantes

Hildegarde est aussi le plus grand musicien, pharmacologue et écrivain féminin du Moyen Age. Elle a pu intervenir dans la politique de son époque, révolutionner les arts et faire progresser la science.

Des fondations :

Abbesse au monastère du Disibonberg, elle a l’autorisation de fonder le Rupertsberg en 1150, suivi d’une autre fondation à Eibingen sur les bords du Rhin, où elle repose aujourd’hui.

De nombreux livres,

dont deux de descriptions de plantes et de soins. Dans l’un d’eux, elle décrit les vertus de plusieurs pierres précisieuses.

Des oeuvres musicales :

ces mélodies peuvent être utilisées en relaxation et musicothérapie

Des interventions :

Consultée aussi bien par les papes que par les empereurs (Frédéric Barberousse), communiquant avec Bernard de Clairvaux, elle incarna ce XIIe siècle grandiose et tourmenté, pétri de mystique et de politique et vivant dans l’imminence du Royaume de Dieu.

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Sculpture de Hildegarde de Bingen à Eibingen

En conclusion

Cette brève présentation ne se veut pas exhaustive !

Si vous ne connaissiez pas Hildegarde, ces documents vous donneront envie d’en savoir davantage et vous trouverez moult sources de documentation en parcourant les bibliothèques, les salons nature ou bien en surfant sur Internet ! Nous avons pris plaisir à consacrer ces Journées du Patrimoine au thème d’Hildegarde, contemporaine de l’Abbaye de Bonnevaux.

Nous vous conseillons, amis visiteurs, à ne pas vous servir de plantes sans connaître les dosages précis, il est indispensable de se faire conseiller par des professionnels. Enfin, il ne s’agit pas d’arrêter un traitement médical en cours, mais on sait bien que la guérison est accélérée avec un apport de remèdes naturels.

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