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logo du 900è anniversaire de la fondation de l'Abbaye de Bonnevaux

Aux origines de Ste Anne d’Estrablin, féodalité, paroisse, domaines

ESTRABLIN

Le chanoine PIERRE CAVARD, originaire de CHATONNAY, a étudié en détail les anciennes chartres rédigées en latin médiéval concernant le mandement de CHATONNAY. Familier du viennois à l’époque féodale et du droit coutumier, Il était sans doute le plus apte à les interpréter et à en cerner toute la subtilité. Ainsi son travail d’érudit rend possible l’approche de l’histoire singulière du lieu d’ESTRABLIN.

Le territoire d’ESTRABLIN, qui était inclus dans le mandement de CHATONNAY, était réparti entre deux grands domaines :
HUMBERT DE BELLEGARDE (POUSSIEU) en possédait le tiers, du chef de sa femme ESCLARMONDE.
Les deux autres tiers appartenaient à GUILLAUME DE LA TOUR, doyen de l’église de VIENNE, qui en avait hérité de son père.

 

HUMBERT DE BELLEGARDE

Vers 1160, HUMBERT DE BELLEGARDE donne sa part aux frères de BONNEVAUX et à l’abbé PIERRE, dont il reçoit 400 sous. Cette donation, qui est une vente déguisée, est faite du consentement et avec l’approbation d’ESCLARMONDE.
HUMBERT DE BELLEGARDE promet de la faire ratifier par ses fils et filles, quand ils en auront l’âge. Les garants sont NANTELME DE CHATONNAY, son frère HUMBERT LE JEUNE et PIERRE DE MOLNETO.
La validité de la vente est assurée par les précautions juridiques habituelles. Selon la coutume féodale, qui veut que toute la lignée soit intéressée aux actes d’un de ses membres et en prenne la responsabilité, HUGUES DE BELLEGARDE, frère d’HUMBERT, ratifie à HAUTERIVES et fournit ses garants. Il fallait encore obtenir le désistement de ceux qui pouvaient prétendre quelque droit sur la terre d’ESTRABLIN. C’est ainsi qu’ARNAUD DE MEYRIEU et son beau frère GUILLAUME GIRARD apportent à HUMBERT leur consentement.
( Regestre Dauphinois – UL.CHEVALIER- n°4079-p682)

GUILLAUME DE LA TOUR

En 1162, c’est GUILLAUME DE LA TOUR qui donne à BONNEVAUX son domaine d’ESTRABLIN.
L’acte est passé à VIENNE, entre les mains de l’archevêque ETIENNE et approuvé par les neveux du doyen : RAYMOND, GUILLAUME et BERNARD chanoines de ST MAURICE et GUILLAUME DE CHATILLON chevalier. Il est souscrit par l’archidiacre MELIORET, le chapelain COMPAINON …
Quelques temps après GUILLAUME DE CHATILLON et son frère OLIVIER y donnent leur assentiment à la TOUR DU PIN, en présence de l’archiprêtre BOSON.
Les autres neveux du doyen : SIMON DE VINAY, HUGUES DU MOLARD et NICOLAS GAUTIER, font de même, en présence de GUILLAUME évêque de MAURIENNE.
(Reg.Dauph – U.C – p 692 – n° 4135)
De cet acte et du précédent on fit, sur la même peau de parchemin, deux copies divisées par l’alphabet : l’une fut déportée à VIENNE dans la grande église et l’autre à BONNEVAUX.

La donation est complétée par NANTELME DE CHATONNAY et son frère HUMBERT LE JEUNE. Tout deux cèdent à l’abbaye tous les droits qu’ils avaient sur la terre d’ESTRABLIN. Ils reçoivent en échange 450 sous et il est aussi compté 40 sous à BERLION DE MONTFALCON, beau-frère de NANTELME.
HUMBERT DE CHATONNAY, père des deux frères et moine et leur sœur BONNEDAME approuvent l’acte qui est passé à CHATONNAY entre les mains de l’abbé PIERRE, en présence de l’archevêque ETIENNE.
(p 692 – n° 4136)

L’affaire semblait réglée et hors de toute contestation, lorsque GUENISIUS DE BOCSOZEL et ses frères revendiquèrent des droits, affirmant que la part d’HUMBERT DE BELLEGARDE était de leur fief. Leur beau frère, PIERRE ROVOYRE, s’entremit pour apaiser le différent, mais il en couta 220 sous à BONNEVAUX : GUENESIUS, BONNEFILLE, femme de PIERRE ROVOYRE , GUILLAUME, AYMON et SILVION reçurent chacun 40 sous, leur mère HERMENGARDE seulement 20. Après quoi, pour le salut de feu leur père GUILLAUME DE BOCSOZEL, ils renoncèrent à leurs prétentions
(Cartulaire de Bonnevaux -Ch. 92 – 97).

 

En 1166, GUILLAUME, abbé de ST PIERRE, cède gracieusement au nouvel abbé de BONNEVAUX, HUGUES DE CHATEAUNEUF, son vénérable et très cher ami, tous les droits qu’avait son monastère sur le domaine d’ESTRABLIN, acquis par les cisterciens.
(Regestre Dauphinois – U.C – p710 – n° 4241)

Cette chartre de donation, rédigée en double exemplaire, fut déposée aux archives des deux abbayes. La chartre conservée à l’abbaye de SAINT PIERRE DE VIENNE faisait de cette transaction entre les deux abbés un échange plutôt qu’une donation pure et simple : SAINT PIERRE cédait à BONNEVAUX les dîmes d’ESTRABLIN, en retour BONNEVAUX cédait à SAINT PIERRE trois éminées de terre et une faucherée de pré, le tout situé au territoire de ST PAUL (Lieu de la BATIE à CHATONNAY).
(Arch. de l’Isère, inventaire 219, fol.40).

Elle fut ensuite ratifiée par HUMBERT DE CHATONNAY qui, après sa profession à VIENNE, était revenu dans sa terre en qualité de prieur : « Soit notoire à tous que moi, HUMBERT, prieur de CHATONNAY, j’ai concédé tout ce qui, dans la précédente chartre, a été attribué aux frères de BONNEVAUX par la générosité de mes enfants et la mienne, ainsi que le pré LAVAL que mon fils HUMBERT leur avait laissé. (HUMBERT LE JEUNE était mort depuis peu, sans avoir été marié. La chartre 89 rapporte qu’à ses derniers moments il avait donné à BONNEVAUX la part qui lui revenait au BLETONNAY). Témoin dom HUGUES, abbé de BONNEVAUX.
Mon fils NANTELME et sa femme ont approuvé le tout, ayant reçu de moi quelque chose en dédommagement. A de même approuvé DURAND ESCHACI, oncle de BERNARD DE MARSONNEE, de qui j’avais acheté partie de ces fonds
(Ch.99 et 100).

 

Il restait à préciser les limites du territoire d’ESTRABLIN et, sur ce point, « Les seigneurs de CHATONNAY, c’est-à-dire NANTELME et son père HUMBERT », n’étaient pas d’accord avec les moines. Finalement il fut décidé que ce territoire s’étendrait « Depuis certains hêtres » qui étaient clairement désignés dans l’acte, « Jusqu’au vieux RAFFOUR »
(Ch. 103).

LE TERRITOIRE DE MARSONNAY (MACONEIA)

Ce territoire situé à l’Est de celui d’ESTRABLIN, était le siège d’une ancienne « Villa » d’origine carolingienne. Ce lieu conserve des traces d’occupation très anciennes, avec des lieux de culte préchrétien. Une communauté de la période BURGONDE à été identifié au début du XXème siècle.

Au XIème siècle cette paroisse était de la dépendance de l’abbaye bénédictine de ST PIERRE DE VIENNE. Elle est, avec la paroisse de ST CHRISTOPHE, comprise dans le mandement de CHATONNAY.

MARSONNAY possédait une petite église entourée d’un cimetière. Une communauté de paysans vivait dans son entourage de manière dispersée. L’ensemble va progressivement disparaitre suite à la création de la ville neuve de CHATONNAY et de la paroisse d’ESTRABLIN au XIIIème siècle.

Le territoire de MARSONNAY comme celui d’ESTRABLIN va, à partir de 1130, passer sous le contrôle des moines cisterciens de BONNEVAUX.

MARSONNAY TERRITOIRE DE BONNEVAUX

Les seigneurs châtelains, les bénédictins de ST PIERRE DE VIENNE et ceux de CLUNY, les propriétaires d’alleux, vont céder en l’espace de 70 ans l’ensemble de la terre de MARSONNAY avec ses droits seigneuriaux et ecclésiastiques.

Vers 1130 HUMBERT DE CHATONNAY donne aux frères de BONNEVAUX des pâturages de son alleu vers MACONEIA, avec l’assentiment de sa femme
(Reg Dauphinois U.C P.643 n° 3853).

En 1167, JOCERAND DE REVEL cède tout ses droits sur la paroisse de MARSONEE, entre les mains de l’abbé HUGUES qui en compensation reçoit dans son monastère, BERTRAND DE REVEL, frère du donateur.
(Cartulaire B – Chartres 116).

En 1167 HUGUES DE MONCUC vend aux frères de BONNEVAUX ce qu’il possède dans la paroisse de MACCONEYA…
(R.G – U.C – p 716 – n° 4278)

Vers 1167 ETIENNE abbé de CLUNY donne à HUGUES abbé de BONNEVAUX ce qui appartenait au prieuré d’ARTAS dans la paroisse de MACEONEYA. On lui remet 700 sols plus une vigne et un manse qui seront à l’usage de la maison d’ARTAS…
(p 715 – n° 4277).

Vers 1170 AGATHE et DOA donnent aux frères de BONNEVAUX ce qu’elles possèdent à MACEONEYA, à l’exception d’un courtil…
(p734 – n°4389)

En 1171 DURAND BLANCHEZ et sa femme BEATRIX donnent leur alleu à MACEONEYA, sous la garde d’ISMIDON DE SEPTEME. (p 739 – n° 4428).

1171, ESCLARMENDE, femme de GUILLAUME DE MEYRIEU donne aux frères de BONNEVAUX certaines redevances à MACEONEYA et reçoit 200 sols. Garants GUILLAUME DE BEAUVOIR…
(p 739 – n° 4429).

1171, NANTELME DE CHATONNAY donne aux frères de BONNEVAUX ce qu’il possédait à MACEONEYA, entre les mains de l’abbé HUGUES, en présence de moines et convers, FOUCHER prieur d’ARTAS…et reçoit 1000 sols. (p 740 – n° 4435)
Cette vente fut aussitôt contestée par AYMON DE BOCSOZEL que les moines apaisèrent en lui versant 12 livres…
(Cart B – Ch 119).

1171, SIBOUD, fils de DURAND AALIE, JEAN et SIBOUD, fils de CHRETIEN, JEAN et PIERRE, fils de JEAN PEREGRIN donnent à BONNEVAUX ce qu’ils ont dans la paroisse de MACEONEYA
(p 741 – n° 4436).

En 1171, Les frères d’AYMON DE BOCSOZEL, GUILLAUME et GENESIUS et son beau frère PIERRE ROVOIRE, élevèrent une contestation générale sur les donations faites à BONNEVAUX par PONS et ARNAUD DE MEYRIEU, par FOUCHER, prieur d’ARTAS, par JOCERAND DE REVEL et son cousin HUGUES DE MONCUC et enfin par HUMBERT DE BELLEGARDE et ESCLARMONDE. Les demandeurs renoncèrent à leur demande en échange d’une somme d’argent.
GUILLAUME DE LA TOUR archevêque et GUILLAUME évêque de MAURIENNE munirent de leur sceaux cet accommodement…
(PIERRE CAVARD- Cart – Ch 138).

1175, ADON, abbé de ST PIERRE DE VIENNE, atteste que BOSON, prieur de CHATONNAY, a donné à l’église de BONNEVAUX tout ce que son église possédait à MACONEYA. NANTELME DE CHATONNAY approuve entre les mains de PIERRE DE LA PORTE…
(p 762 – n° 4567)

1183, GUILLAUME DE MEYRIEU donne aux frères de BONNEVAUX ce qu’il possédait au territoire de MACEONEYO du chef de sa femme ESCLARMONDE…
(p 805 – n° 4832).

1187, DONNEZ et MARIE, filles d’AGNES DE NATOIN et ANDRE PASTURELZ mari de la plus jeune, donnent aux frères de BONNEVAUX, leurs biens à MACEONEYA…
(p 834 – n° 5018).

1190, AGATHE et DOA, épouses des deux frères JEAN TIFAUT et DURAND SARPEL donnent leur droit de villenage (Corvées sur les vilains) qu’elles avaient à MACEONEYA.
(p 854 – n° 5135).

TERRITOIRE D’ERPIEU (ARPIEU)

Les droits de pâturages, dans cette zone humide en limite du mandement de CHATONNAY, ont été cédés très tôt par HUMBERT DE CHATONNAY à l’abbaye de BONNEVAUX.
C’est dans ce lieu que prend naissance la rivière de GERVONDE, un lieu stratégique pour les cisterciens qui vont obtenir la maitrise de l’eau sur cette vallée, au tout début du XIIIème siècle.

MEYRIEU après 1200
La femme de GAUDEMAR ARCHISI donne aux religieux de BONNEVAUX prés et pâturages dans le mandement de CHATONNAY à MEYRIEU, ESTRABLIN, ERPIEU (ERPEU). Etaient présents ses fils PONCE et ARNAUD…
(Reg D – p 943 – n° 5746).

Après 1200 HUMBERT DE CHATONNAY, chanoine de ST MAURICE de VIENNE, donne aux frères de BONNEVAUX l’eau pour l’arrosage. PONCE ET ARNAUD fils de GAUDEMAR ARCHIS chevalier de MEYRIEU approuvent
(p 943 – n°5748).

Dans cette vallée étroite les moines vont domestiquer la rivière et créer plusieurs étangs. L’étang d’ARPIEU est cité en 1401 quand JEAN PELLET cède ses droits sur l’étang à l’abbaye.
(Curé CHUZEL – 1932 – p118)

 

LA SEIGNEURIE BANALE DE BONNEVAUX

L’idéal cistercien basé sur l’autarcie et le faire-valoir direct est progressivement rentré dans le moule de la puissance féodale. Dès la fin du XIIème siècle les cisterciens perçoivent des redevances ecclésiastiques et seigneuriales. Les grandes abbayes de l’ordre de Cîteaux deviennent des seigneuries foncières et certaines d’entres elles vont disposer du droit de ban matérialisé par le pouvoir de justice.

L’abbaye de BONNEVAUX, jusqu’à la révolution, jouissait d’une châtellenie et d’une judicature indépendantes. En 1745 Maître ENNEMOND SALOMON, notaire, était châtelain. En 1769 messire JIRANTON, prêtre, exerçait la fonction de juge (CHUZEL. P 157).

 

DES ENCLAVES INDEPENDANTES

Au XIIIème siècle le domaine d’ESTRABLIN ainsi que la nouvelle paroisse NOTRE DAME sont clairement identifiés comme dépendances de l’abbaye de BONNEVAUX.
Le 29 Janvier 1288, Humbert de BOCSOZEL fils, seigneur haut justicier de CHATONNAY, lors de sa soumission au comte AMEDEE DE SAVOIE, reconnait l’indépendance d’ESTRABLIN ainsi que les pâturages qui jouxtent les fossés de son château. Ces territoires sont exclus de l’hommage et constituent une enclave dans le mandement de CHATONNAY.

Il s’agit ici d’une illustration évidente de la complexité des liens féodaux et de l’enchevêtrement territorial généré par l’hommage-lige.
Par l’abbaye de BONNEVAUX, fidèle aux dauphins de Viennois, et en vertu du droit coutumier le comte HUMBERT 1er de la TOUR (DU PIN), souverain du DAUPHINE est le véritable seigneur suzerain d’ESTRABLIN.

La chartre 183 du cartulaire de BONNEVAUX précise que la paroisse de BOSSIEU forme une enclave dans la seigneurie d’ORNACIEUX qui est de la dépendance de BONNEVAUX.
A ce titre les seigneurs d’ORNACIEUX ne pouvaient exercer leur droit de ban sur les habitants de cette paroisse.
Il en est de même pour la paroisse de LANDRIN (Paroisse disparue sur la commune actuelle d’EPINOUZE dans la DROME). Ce territoire donné par l’abbaye bénédictine lyonnaise de l’ILE BARBE à BONNEVAUX forme une enclave libre dans le mandement de MORAS.

Le 28 Mai 1331 noble AYMON DE MAUBEC seigneur de CHATONNAY et de MAUBEC prête hommage à l’abbé de BONNEVAUX, CLEMENT DE BUFFEVENT pour certains fonds de sa directe, pour la mistralie d’ESTRABLIN et le pré de la Cour. (Inventaire Viennois I – 490 – Regestre Dauphinois U.C – n° 25 259)
Cette chartre indique que l’encadrement de l’administration et de la justice d’ESTRABLIN a été délégué au seigneur châtelain de CHATONNAY par l’abbé de BONNEVAUX.
(MISTRALIE : Circonscription administrative et financière soumise à l’autorité du mistral).
MISTRAL : Sorte d’officier « municipal » au moyen-âge. Agents ou fonctionnaires laïques ou clercs chargés de faire valoir et d’exercer les droits des seigneurs féodaux sur leurs vassaux et sujets dans l’administration de la justice, la levée des impôts, la perception des amendes et des redevances de toutes sortes, l’exploitation des domaines ruraux.)

DES SEIGNEURIES FONCIERES

Les territoires possédés par l’abbaye forment de petites propriétés seigneuriales ecclésiastiques. Ce sont de véritables seigneuries foncières composées d’une réserve et d’une mouvance.

La réserve seigneuriale représente le noyau du domaine, les biens propres de l’abbaye : bâtiments d’exploitation, pâturages, terres labourables, étangs, viviers, rivières…
La mise en valeur de ce foncier a évolué. D’abord exploité directement par des moines convers il sera progressivement affermé.

La mouvance ou censives représente la portion de territoire sur lequel l’abbaye n’exerce que ses droits éminents mais dont la propriété utile lui échappe. Elle appartient aux tenanciers ou censitaires (biens dit roturiers) ou à des vassaux (biens tenus en fiefs). Les propriétaires de tenures versent obligatoirement des droits seigneuriaux. Ils sont en revanche libres de vendre, transmettre ou louer leurs biens. La mouvance est en général composée de petites parcelles tenues majoritairement par les habitants de la paroisse.

Les biens communaux forment une propriété collective regroupant bois et pâturages et où les habitants du lieu exerçaient des droits d’usages en échange d’une faible redevance seigneuriale annuelle. Ils sont souvent situés en limite de seigneurie.

FONDS NOBLES ET ROTURIERS

BIENS NOBLES

L’origine des fonds nobles est à chercher auprès de l’aristocratie carolingienne, des hauts dignitaires de l’église et des grands monastères bénédictins. Les membres les plus influents de la noblesse ont formé les mandements et instauré la féodalité. Leurs propriétés foncières composent les biens nobles, la réserve seigneuriale d’origine. Cette réserve va, pour une partie, être cédée en fief aux chevaliers de la garde rapprochée du seigneur châtelain, en échange de leur fidélité et service de guerre. Les fonds nobles sont, en général, exemptés de toutes taxes et impôts en argent, en nature et en corvée.
Le clergé adopte le système féodal et applique les mêmes règles foncières.

BIENS ROTURIERS

Les biens roturiers sont ceux tenus par les paysans, un parcellaire très morcelé qui compose la tenure ou censive de la seigneurie. Sur ces fonds s’appliquent les redevances seigneuriales et ecclésiastiques, le cens, la corvée, la dîme…

LES ALLEUX

Jusqu’au XIIIème siècle, il existait un espace territorial libre plus ou moins important représenté par les alleux. Ce sont des domaines libres, vestiges du haut moyen-âge et de tradition gallo-romaine. Sous la pression des féodaux ils sont progressivement transformés en fiefs redevables de seigneuries banales.

Les alleux d’origine aristocratique sont intégrés dans les fonds nobles. Les alleutiers deviennent vassaux du châtelain. Ils sont redevables du service de guerre.
Les alleux paysans disparaissent également, ils deviennent de simples tenures.

Au fil des siècles les mouvements de propriété, succession, partage, vente donation… impliquent des situations particulières. Certains biens nobles deviennent la propriété utile de roturiers et réciproquement. Ainsi parmi les détenteurs de fonds nobles se trouve ANTOINE FRIZON, ANTOINE JOCTEUR… A l’inverse noble LAURENT DU BŒUF, avocat, résidant à CHATONNAY dans sa maison du DOME, possède des biens roturiers.

LES TERRIERS

Au XVIIIème siècle de riches bourgeois détiennent de grandes surfaces bien supérieures à la réserve seigneuriale qui dans certaines seigneuries n’existe même plus. Dans ce cas le seigneur haut justicier ne possède que la propriété éminente de son mandement. Et ses revenus sont exclusivement constitués de redevances.

Ce sont ces taxes de toutes natures aussi bien seigneuriales qu’ecclésiastiques qui ont suscité litiges, contestations et conflits.
Le calcul de ces prélèvement était enregistré dans un précieux registre appelé terrier.
Les terriers précisaient, par parcelle, chaque redevance due et reconnue par son détenteur et ceux qui l’ont précédé. Ils étaient régulièrement et minutieusement mis à jour.
Ce sont ces registres qui ont été systématiquement détruits en 1789. Survivances de la féodalité leur disparition signe l’abolition des droits seigneuriaux.

L’abbaye de BONNEVAUX recevait 30 pour cent de ses revenus par ses terriers et dîmes.
L’abbé commendataire de BONNEVAUX, titulaire de la manse abbatiale, percevait les revenus de plusieurs terriers, celui de LANDRIN (commune d’EPINOUZE), de la PERRIERE (commune de PRIMARETTE), d’ESTRABLIN (commune de STE ANNE SUR GERVONDE).

Le terrier de SAINTE ANNE D’ESTRABLIN a été renouvelé en 1727 et en 1734 par les notaires MATIGNAT et SALOMON, et rédigé en un volume relié, couvert en basane, contenant 585 feuillets et formant 169 reconnaissances.

PARCELLAIRE D’ESTRABLIN établi en 1710

La mairie de CHATONNAY possédait jusqu’en 2004 le parcellaire d’ESTRABLIN qui depuis a été transféré aux archives départementales de l’ISERE. Les parcellaires comme les courciers sont de précieux registres pour les historiens, à défaut de terriers, ils recensent tous les détenteurs de biens fonciers par mandement.
Le parcellaire d’ESTRABLIN précise les surfaces de chacun des propriétaires et donne des informations visant à localiser chaque parcelle. Son classement repose sur l’origine des fonds

FONDS NOBLES d’ESTRABLIN

DETENTEURS DES FONDS NOBLES :

– Le seigneur abbé commendataire de BONNEVAUX
– Monsieur le curé d’ESTRABLIN
– Monsieur le prieur de TRAMOLE
(En 1715 FRANCOIS MEFFRAY DE CESARGES porte le titre de prieur commendataire de TRAMOLE)
– Messire GASPARD BOURGET
– Noble GASPARD DE MONTQUIN (résidant à MAUBEC)
– Noble AGATHANGE DE BUFFEVENT (domaine de MIREBOIS)
– Noble GASPARD DE FERRON (famille de CHATONNAY)
– Maître HIEROSME RONIN DE CHATAIGNIER
– La dame de CHAMBARAND (maison forte de CASENEUVE sur CHATONNAY)
– Monsieur ENNEMOND GUILLAUD
– Sieur FRANCOIS BUISSON
– JOSEPH ODET PICOLOMINY
– ANTOINE FRIZON
– ANTOINE JOCTEUR

Le total des fonds nobles représente une surface de 299 sétérées 2 bicherées 3 coupes 51 toises, soit environ 113 hectares. (La sétérée vaut 3762 m2)
Plus de 80% des fonds nobles sont détenus par :
L’abbé de BONNEVAUX (48%)
la famille de BUFFEVENT (33%)

FONDS ROTURIERS D’ESTRABLIN

808 articles sont décrits. Le total des fonds roturiers s’élève à 1766 sétérées quatre toises soit 664 hectares.
Quatre propriétaires possèdent plus de 100 sétérées :
– Noble HIEROSME RONIN DE CHATAIGNIERS, 202 sét
– Maître JEAN BAPTISTE DE BENOIST, 130 sét
– Sieur FRANCOIS BUISSON, 103 sét
– ANTOINE JOCTEUR 111 sét

 

LES COMMUNAUX D’ESTRABLIN

Ce sont les bois communaux de la paroisse.

Comme dans la plupart des mandements ces bois sont surexploités et de mauvaise qualité. Il s’agit souvent de landes et broussailles. Ils sont situés aux PRAS mas des CHATAIGNIERS au lieu, jadis appelé MEONAY.

 

LOUIS AGATHANGE DE BUFFEVENT

Chanoine de ST PIERRE DE VIENNE

Cet ecclésiastique, propriétaire du domaine de MIREBOIS, et l’un des derniers représentants de la noble famille de BUFFEVENT qui a donné un abbé à BONNEVAUX en la personne de CLEMENT DE BUFFEVENT, 18ème abbé de 1309 à 1340.

Cette famille parait dès l’année 1020 avec DIDIER DE BUFFEVENT, cité comme témoin dans un contrat de DRODON DE BEAUVOIR.
Les armes de cette famille étaient initialement des ailes de moulin à vent.

ANDRE DE BUFFEVENT, chevalier, ayant accompagné HUGUES, comte d’AUXERRE, à la croisade de 1279, remplaça ses armes par une croix vidée sur un champ d’azur.
(D’azur à la croix vidée et fleuronnée d’or. Des branches ont brisé en portant la croix d’argent)

JACQUEMET DE BUFFEVENT était châtelain de CHATEAUVILAIN en 1319.

En 1365, l’abbé de BONNEVAUX, GERARD, acquiert de GUILLAUME DE BUFFEVENT la maison forte appelée la MAISON BLANCHE, avec prés, vignes, terres et bois à LANDRINS au lieu de ST MAURICE.

Le 8 Février 1414 JEAN DE BUFFEVENT rend hommage pour la maison forte de BUFFIERES au mandement de CHATEAUVILAIN.
En 1649 MELCHIOR DE BUFFEVENT était seigneur de MALISSOLES
Plusieurs membres de cette famille s’allièrent à celle d’AYMAR DU RIVAIL, seigneur de LIEUDIEU.

Le 9 Avril 1787 LOUIS AGATHANGE DE BUFFEVENT, en l’étude de maître OTTIN notaire à MEYRIEU, vend son domaine de MIREBOIS aux deux frères AYNARD, avocats, au prix de 22 696 livres. Sa superficie était de 37 ha. (CHUZEL)

 

HIEROSME RONIN DE CHATAIGNIER

HIEROSME RONIN conseiller du roi, lieutenant particulier civil et criminel au baillage de Vienne, épousa SUZANNE TRIBALLAU nièce et héritière de JEAN DE CHATAIGNIER, lieutenant au baillage de VIENNE et propriétaire du domaine de CHATAIGNIER.

Ce domaine d’environ 77 ha rendait plus de 300 livres de revenus, sans la taille.

Noble HIEROSME DE RONIN DE CHATAIGNIER fit enregistrer ses armoiries en 1696.
D’azur, à une hallebarde et une épée d’argent, posées en sautoir, l’épée la pointe en bas.
Cette famille a donné plusieurs avocats au parlement, un président, juge des traites en l’élection de VIENNE et un curé à ST MAURICE DE VIENNE.

Elle s’est éteinte en la personne d’HENRIETTE RONIN DE CHATAIGNIER mariée à M. FRANCOIS HANNIBAL CAMILLE DONIN DE ROSIERES dont le neveu et fils adoptif, M. ARTHUS DE ROSIERES, a vendu le domaine de CHATAIGNIER à Mme DENIS DE CUZIEU
(Armorial du DAUPHINE, RIVOIRE DE LA BATIE)

Madame de CUZIEU, (LOUISE VIRGINIE FOUGERE 1795-1884), était mariée en seconde noce à CHARLES ROBERT DENIS DE CUZIEU, officier de cavalerie dans la garde royale, maire de SAINT LAGER.
Mme de CUZIER possédait un château dit « La GRAVIERE », au plan du LOUP sur les communes de SAINTE FOY LES LYON et de FRANCHEVILLE, un magnifique château et un domaine à SAINT LAGER, des domaines à SAINTE ANNE D’ESTRABLIN et FAVERGES (ISERE)…
Elle légua la somme de 2 650 000 francs ! Au lycée de la MARTINIERE à LYON. Sa fille unique AIMEE OVIDIE EUGENIE DENIS DE CUZIEU est née en 1828 et décédée en 1886.

 

 

LA GRANGE D’ESTRABLIN

Ce domaine de BONNEVAUX était situé au lieu-dit actuel de la FRIATIERE, à l’Est du village.

 

LES GRANGES DE BONNEVAUX

Le 20 Aout 1178, l’empereur FREDERIC BARBEROUSSE édicta un diplôme, à LYON, en faveur de l’abbaye de BONNEVAUX ; Il plaçait sous sa protection l’abbaye l’église et toutes ses possessions présentes et futures. Parmi celles citées figure la grange d’ESTRABLIN (ESTRANIBLINO).

Une grange chez les cisterciens correspond a un domaine agricole, en général composé d’un bâtiment massif de grande taille et capable de satisfaire aux activités d’élevage et de stockage. Le bâtiment est situé au centre d’un tènement unique constitué à partir de donations, achats, et échanges.
Souvent les territoires cédés aux cisterciens sont des zones incultes, humides, de broussailles difficiles à mettre en valeur et situés en limite de mandement. Patiemment les moines vont rendre ces zones fertiles, les assécher en les drainant et en canalisant l’eau vagabonde. Ce sont les moines convers qui se chargent de ces travaux. Ils assurent la production agricole nécessaire au monastère de BONNEVAUX et gèrent sur place ces unités.
Au fil des siècles ces domaines sont progressivement affermés. Les moines convers disparaissent et la communauté monastique de BONNEVAUX se contente de ses revenus en argent et en nature.

 

ESTRABLIN, DOMAINE DE LA MANSE ABBATIALE

L’instauration définitive de la commende en 1516 provoque la division de l’usufruit du domaine foncier de l’abbaye entre l’abbé commendataire et la communauté des moines réguliers.

Ainsi le territoire d’ESTRABLIN avec son domaine, son terrier et sa dîme appartient à la manse abbatiale.
Les biens qui composent la manse abbatiale sont gérés par un procureur, nommé par le seigneur abbé.
Le 1er Juillet 1697, messire DE ROSSET DE LA MARTELIERE, procureur de l’abbé LE PILEUR, arrente à ANTOINE GUILLERMIN, marchand de MEYRIEU, le domaine d’ESTRABLIN, au prix de 1050 livres
En 1721 le procureur de l’abbé CATHERIN DE CARPINEL, donne au prix fait de 130 livres, l’ordre à ANTOINE CRETINON, maître maçon à CHATONNAY, de réparer les bâtiments de la ferme d’ESTRABLIN. (Minutes JUBIE).

A la fin du XVIIIème siècle, l’abbé SIGORGNE, grand vicaire général et official de Macon en est le titulaire. Il perçoit pour cet ensemble 2 200 livres de revenus. Il reverse 220 livres pour la portion congrue du curé et l’entretien du luminaire
Le 16 Octobre 1782 dom PARRENIN, procureur de l’abbé PIERRE SIGORGNE, afferme pour neuf années et au prix annuel de2 200 livres, à ANTOINE RABILLOUD, fermier du seigneur de VAULX à la VERPILLERE et aux frères CLAUDE et JEAN BAPTISTE BONNET de TRAMOLE, le domaine d’ESTRABLIN, avec les dîmes que l’abbé et en droit de percevoir sur les 4 gros grains (froment, seigle, avoine, orge), sur le chanvre et les autres fruits à la cote 19e, conformément à l’arrêt de 1653.Les preneurs paieront la partie aux pauvres, la portion congrue au curé, entretiendront la sacristie et le luminaire de
l’église. A chaque échéance ils porteront la redevance à l’abbé SIGORGNE, dans sa maison d’habitation à MACON (Minutes BIZET).

 

LE DOMAINE D’ESTRABLIN (à la fin du XVIIIème siècle)

L’évaluation du domaine nationalisé en 1790, suite à la suppression des ordres monastiques donne les précisions suivantes :

Les bâtiments se composent d’une maison fermière (couverte en tuiles creuses),
D’une écurie (en tuiles creuses),
D’une grange (couverte en paille),
Le tout entouré d’un verger pour une contenance de 3 ha 76.

Le reste du tènement est constitué de pré pour 0 ha 94,
De terres labourables pour 34 ha 65,
De terres et broussailles pour 15 ha 07.

La surface totale du domaine avoisine les 55 hectares

Le cheptel réduit est constitué de 2 bœufs, 8 cochons, 2 chèvres et une chevrette.

Le grenier est bien pourvu en semences :
36 bichets de froment, (bichet environ 25 kg de céréales)
45 bichets de seigle,
3 bennes d’avoine,
1 bichet de graine de chanvre,
2 loupes de blé noir,
1 bichet de poisette,
1 bichet de pois blanc.

Le domaine était affermé avec la dîme à CLAUDE RABILLOUD.
Il trouva pour acquéreur JOSEPH SOPHION de ST JEAN DE BOURNAY pour la somme de 51 500 livres
(La vente des biens nationaux- page 14-MEMOIRE DE BONNEVAUX-1996)

 

LA PAROISSE DE NOTRE DAME D’ESTRABLIN

 

La première église d’ESTRABLIN à été construite durant l’abbatiat de l’abbé ADAM entre 1272 et 1278. C’est son successeur à la tête du monastère, l’abbé GUILLAUME II, qui va lui donner son statut d’église paroissiale et la placer sous le vocable de Notre Dame.

 

CHARTRE DE FONDATION DE 1278

La chartre originale de fondation de la paroisse est conservée aux archives départementales de l’ISERE. Elle mentionne tous les membres de la communauté monastique présents lors de l’officialisation de cette création. Il s’agit des 29 moines de chœur permanents à l’abbaye :

Frère GUI, prieur ;
Frère BERNARD, cellérier-majeur ;
Frère GAUTHIER d’ANIERIS
Frère BERLION, portier ;
Frère ETIENNE de ST MARCEL ;
Frère BARTHELEMY de LYON ;
Frère GREGOIRE ; sous-prieur ;
Frère ANDRE ; ouvrier ;
Frère JEAN ; sacristain ;
Frère JEAN de MONTLUEL, jeune procureur ;
Frère GAUTHIER, sous-cellérier ;
Frère JEAN de COUR ET BUIS ;
Frère GUILLAUME de ST THEUDERE ;
Frère JACQUES de ST SAVIN ;
Frère ETIENNE de ST THEUDERE ;
Frère GUILLAUME des ROCHES :
Frère JEAN de PARIS ;
Frère GUILLAUME ; infirmier ;
Frère PIERRE de PROTHEYS ;
Frères PIERRE et GUY de BOURGOIN ;
Frère JEAN de BOURNAY ;
Frère AYMON de PANOSSAS ;
Frère AYMON de FRONTONAS ;
Frères JEAN et MARTIN de BRESSIEUX ;
Frères VINCENT de ST JEAN DE BOURNAY ;
Frère PIERRE de CHARPEY ;
Frère ETIENNE de VAREY
Il est raisonnable de penser que plusieurs moines convers devaient également être présents ; au moins ceux chargés de la mise en valeur du domaine d’ESTRABLIN, non loin de la nouvelle église.

La chartre officialise l’installation du premier prêtre à demeure :

Par acte du 16 Janvier 1278, l’abbé GUILLAUME, assisté de tous ses religieux, dote l’église d’ESTRABLIN, construite par son prédécesseur, l’abbé ADAM, et le 3 Février suivants, il remet au prêtre DIDIER ses lettres de provisions pour cette cure.

Il concède annuellement au recteur de cette église, érigée en paroisse, pour ses frais de nourriture et de vestiaire et pour les besoins de sa maison, 4 setiers de froments et 6 setiers de seigle, mesures de VIENNE, payables à ESTRABLIN le jour de l’exaltation de la Sainte Croix 14 Septembre, plus 6 livres viennoises de monnaie courante, payable à Noel.

Il lui donne en outre 30 fosserées de vigne à ESTRABLIN, 2 setérées de pré et 10 sétérées de terre arable, au même lieu, plus un petit emplacement à coté de l’église de 20 cannes carrées, où il pourra faire construire son habitation ; enfin le droit de couper dans les forets de l’abbaye le bois qui lui est nécessaire.

Il abandonne toutes les offrandes et tous les legs des paroissiens, ne se réservant, par droit de patronage que les oblations et les autres redevances que les recteurs des églises du diocèse de VIENNE ont coutume de recevoir annuellement.
Il charge le recteur d’acquitter les droits épiscopaux et se retient pour les terres dont il lui avait fait l’abandon, 24 deniers de cens annuel et 10 métiers ou bichets de seigle.

L’archevêque de VIENNE approuve toutes les clauses de cet acte, auquel il ordonne d’apposer son sceau.
(Inventaire viennois – T II – p 294)

 

CURES D’ESTRABLIN ET ABBES DE BONNEVAUX

Ainsi placée sous le patronage de l’abbaye, l’église Notre Dame d’ESTRABLIN sera desservie par des prêtres séculiers choisis et nommés par l’abbé de BONNEVAUX, celui-ci pouvant également officier pontificalement dans cette église avec la mître et la crosse.

Cette pratique est observée dans l’ensemble des paroisses dépendantes du monastère cistercien, à ECLOSE, CHATEAUVILAIN, BOSSIEU, LANDRINS.

Le 14 Mai 1560 une transaction est passée entre l’abbé GUILLAUME DE LAVAL et HUMBERT DUPUIS, chanoine de ST MAURICE DE VIENNE et recteur perpétuel de l’église d’ESTRABLIN. Ce dernier renonce à toutes les dîmes établies sur la paroisse et recevra en échange pour la portion congrue, 40 bichets de froment, 12 bichets de seigle et 8 bichets d’avoine.
(CHUZEL – p 139)

Le 7 Mars 1687, suite à la nomination du seigneur abbé commendataire CHARLES DE ROZIERES, messire ETIENNE GENISSIEU, prêtre du lieu de SAINT PAUL LES ROMANS remplace messire JOSEPH DANGLES curé de SAINTE ANNE démissionnaire.
(CHUZEL – p 145)

En 1721 le procureur de l’abbé CATHERIN DE CARPINEL arrête un prix fait à ANTOINE CRETINON, maître maçon, pour réparer les bâtiments du domaine d’ESTRABLIN. L’acte est passé dans le presbytère de SAINTE ANNE D’ESTRABLIN en présence de Maître PHILIPPE JOLY, curé du lieu.
(CHUZEL – p 152)

Le 17 Décembre 1782 messire BENOIT LANET du diocèse de VIENNE remplace le curé d’ESTRABLIN, prêtre du diocèse de MACON, démissionnaire. (CHUZEL – p 164)

Après la révolution française le territoire ecclésiastique d’ESTRABLIN est incorporé comme simple hameau à la nouvelle commune de CHATONNAY, alors chef lieu de canton. La paroisse de SAINTE ANNE disparait, l’église n’est plus qu’une annexe de la paroisse de CHATONNAY.

 

Patrick GERIN « MEMOIRE DE BONNEVAUX ». 
Mars 2012