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Aiguebelle dans la Drome – Préface de Michel Wullschleger

Aiguebelle fait partie de  la quinzaine d’abbayes  vivant  en France au sein  de «L’ordre de Cîteaux de la stricte observance », rebaptisé par le pape Léon XIII en 1892.  L’ « observance » qualifie la plus ou moins grande fidélité à la Règle de saint Benoît et aux préceptes des fondateurs de Cîteaux en 1098.  Aux questions que pose l’existence d’abbayes cisterciennes Marylène Ponthier répond en racontant   l’histoire de l’ancienne  abbaye  de 1137 à la Révolution, puis  celle de la Trappe d’Aiguebelle implantée sur le même site en 1815 dans le but de restaurer en France l’ordre de Cîteaux.

Intérieur de l'abbatiale de l'abbaye d'Aiguebelle dans la Drome

Illustration tirée de Wikipedia, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Notre-Dame_d’Aiguebelle

A partir d’une solide documentation et à l’aide d’une illustration vraiment  exceptionnelle, Marylène nous donne les clés nécessaires pour saisir l’originalité et la force du projet cistercien, pour comprendre l’organisation humaine et économique qu’il prône, pour en suivre les mutations au cours des siècles et pour mesurer l’apport des trappistes    après la Révolution. Chemin faisant, elle intègre à son récit les liens tissés par l’ancienne abbaye  avec les moines et moniales  de Bouchet et de Bonlieu, ainsi que les fondations d’ « abbayes filles » par la nouvelle  Aiguebelle, aux XIX° et XX° siècles : Staouëli, N.D. des Neiges, N.D. du Désert, N.D. des Dombes, puis avec cette dernière, N.D. de l’Atlas  à Thibirine,  enfin N.D. d’Afrique. Elle accueille aussi les moniales trappistines lyonnaises, réinstallées au prieuré de Maubec.

En 1137 l’abbaye de Morimond fonde Aiguebelle, loin au sud dans l’espace alors dépendant du Saint Empire romain germanique. Marylène rappelle l’essentiel de la Règle de saint Benoît que les fondateurs  de Cîteaux, souhaitaient restaurer dans sa plénitude, mais aussi l’importance de la Charte de Charité et des cinq filiations reconnues, celles  de Cîteaux et de ses  quatre premières filles La Ferté (1113), Pontigny (1114), Clairvaux et Morimond(1115), chacune gardant des  liens privilégiés avec sa propre descendance. Elle présente les moines de choeur et les frères  convers ,  souligne l’importance  du domaine temporel avec ses  espaces de proximité sur le plateau  de Montjoyer et ceux plus lointains des collines de Grâne, du Haut Vivarais, de la vallée du Rhône et du Comtat Venaissin. Et elle rappelle l’ évolution du mode d’exploitation d’abord en faire valoir direct, selon la Règle, puis en faire valoir indirect, et alors de droit féodal (albergement ou emphytéose) ou de droit moderne  (fermage ou bail à mi fruit), l’abbaye devenant une seigneurie ecclésiastique.

Le triste XVI° siècle des guerres de religion, fut aussi celui de l’arrivée  d’abbés « commendataires » nommés par le roi et acceptés par Rome, mais étrangers à l’ordre de Cîteaux  et  surtout soucieux  de la part des revenus du monastère qui leur était consentie. La direction des moines, confiée à des « prieurs claustraux » nommés par Cîteaux leur échappait.  Si quelques abbés  furent  attentifs à la gestion du  temporel et  des bâtiments, d’autres favorisèrent le déclin de l’abbaye. La Révolution mit les  biens de l’Eglise à la disposition de la Nation, interdit les vœux et les ordres  contemplatifs, se heurta au pape à propos de la Constitution civile du clergé,  mais elle négocia  le Concordat de 1801.  A partir de 1790  les biens d’Aiguebelle avaient été inventoriés, vendus comme Biens Nationaux, transférés au domaine de l’Etat, ou laissés sans contrepartie  aux tenanciers de droit féodal.

La seconde histoire commence en 1815. L’abbé de Lestrange,  très strict « observant », racheta  les bâtiments avec  une partie des terres  et en   conduisit  de façon énergique la  première restauration. Les trappistes se mirent au  travail. L’effort allait se  prolonger, abbatiat par abbatiat,  jusqu’en 2013.  

Marylène  décrit  la vie austère des trappistes et nous fait visiter l’abbaye  de façon très méthodique. Elle pose  le problème majeur des revenus que dans des proportions modifiées  au cours des temps les moines ont tiré  de l’agriculture et de l’élevage,  de la vente de gypse, de plâtre,  de tuiles,  de moellons,  d’objets de verrerie, du produit des ateliers de filature,  moulinage ou draperie, de la production  de chocolat (1883) et de liqueurs (1934). Des temps difficiles se profilèrent à la fin du XIX° siècle  et au début du XX° avec les décrets de 1880, puis les lois de 1901 sur les Associations et de 1905 sur la Séparation de l’Eglise et de l’Etat. Aiguebelle soutenue par la municipalité de Montjoyer, sa nouvelle commune, fut relativement épargnée. Pendant la première guerre mondiale, sur 220 moines 31 furent mobilisés  et 3 rencontrèrent la mort. L’hôtellerie fut transformée en hôpital pour les blessés. Au cours de la seconde guerre

mondiale, Aiguebelle accueillit des personnes menacées et laissa des maquisards s’installer à la ferme de l’Aubagne. Après les peurs et un drame, elle reçut l’hommage de la Fédération des F.F.I. de la Drôme.

En 1965 les convers devinrent des moines à part entière, autorisés à porter ce symbole qu’est la coule, avec  capuchon et larges manches. Mais surgissaient  de sérieux problèmes à la chocolaterie et à la distillerie, ces deux activités finissant par disparaître. On retiendra surtout la lente dégradation de la situation à Tibhirine à partir de 1976  avec au final le terrible drame ouvert par l’attaque de la nuit du 26 au 27 mars 1996. On découvre, avec émotion, chacun des moines auxquels  le beau film « Des hommes et des dieux » a rendu hommage.

Mille fois merci à Marylène pour cette savante et chaleureuse plongée  dans l’univers cistercien. Aiguebelle apparaît sous l’abbatiat de Frère Eric Antoine, comme « un lieu de prière et de silence ». Qu’elle le soit pour longtemps !             

Michel Wullschleger

 

Le livre de Marylène Marcel-Ponthier est en souscription jusqu’au 31 juillet 2013. Sa table des matières est publiée dans un autre article du présent site, avec l’autorisation de l’auteur.

 

Pour compléter l’information sur l’abbaye, visiter le site web de l’abbaye

 

 

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